Sémantique Générale et Psychothérapie

O. R. Bontrager (traduction de Jacques Dauta)

Copyright © IGS, 1998. L'IGS donne ici permission d'utiliser cet article sous forme électronique seulement, en partie ou en totalié, à toute personne ou institution pour des motifs éducatifs, tant qu'aucun payement n'est perçu en retour.

L'article original General Semantics and Psychotherapy " a été publié par O. R. BONTRAGER dans le General Semantics Bulletin 28-29, 12-25, 1962. Une version condensée en avait été présentée le 15 février 1962 devant l'équipe professionnelle du Veterans' Administration Hospital (Psychiatrie), Pittsburgh, Pennsylvanie - U.S.A.

Une traduction de cet article, par Jacques DAUTA et Sylvie WEIL, était parue dans le bulletin de l'Association Française de Sémantique Générale. La présente traduction a été entièrement révisée par Jacques DAUTA.

Le texte avait été écrit par O. R. BONTRAGER dans un contexte bien différent de l'époque actuelle: recherches renouvelées et luttes entre tendances et dogmes en psychiatrie, guerre froide dans le monde. Pourtant, de nombreux passages restent d'une actualité frappante. Et aussi, ce texte reste un témoignage d'une activité professionnelle en psychiatrie, reposant sur la pratique de la sémantique générale, ce qui est plutôt rare de ce coté-ci de l'Atlantique. (JD)


Lorsque le Docteur KOST m'a demandé de prendre la parole devant l'équipe de votre hôpital, j'ai été très heureux de l'occasion qui m'était offerte de reprendre, avec lui et quelques-uns de ses collaborateurs, les très agréables relations entamées un an plus tôt. Cependant, je ne serais pas tout-à-fait sincère, si je n'avouais pas mon sentiment d'imperfection en essayant de vous communiquer, pendant l'heure qui va suivre, une vue très approximative de ma façon d'aborder la psychothérapie.

Le Docteur KELLY, de l'Université de l'Ohio, écrivait récemment " que les processus d'un individu étaient psychologiquement canalisés par sa façon d'anticiper les événements ". Comme corollaire, il est conduit à affirmer que " nous anticipons les événements à venir en en bâtissant des copies "1. Au cours des années, j'ai découvert que le mot sémantique, qui figure dans le titre de ces remarques, suscitait chez certaines personnes de n'importe quel auditoire, des expectations qui ne concordaient pas avec ce qui venait ensuite. C'est une habitude qui nous est commune à tous, que de nous en prendre aux événements quand les événements se déroulent sans s'ajuster à nos expectations. Sur ce point, je puis seulement dire que je ne suis pas responsable des expectations de qui que ce soit, sauf des miennes.

Sémantique est un vieux mot, respecté, qui s'est progressivement répandu dans le monde du texte imprimé et, maintenant, le commun des mortels comprend vaguement que la sémantique a quelque chose à voir avec les mots. Certaines personnes considèrent que la sémantique a un rapport très étroit avec ce que nous étiquetons comme pratiques malhonnêtes, diplomatie (à laquelle bien des gens ne font pas confiance de nos jours), ou, tout simplement, bourrage de crâne. Lorsque de telles personnes entendent quelqu'un parler de Sémantique Générale, il est probable qu'elles laissent tomber complètement le mot général. Si tant est qu'elles y fassent attention, leur réaction est souvent : " Quelques mots de plus à propos de mots ", ou, peut-être, elles sont disposées à entendre un discours plus 'général' sur les mots.

J'aurais très peu à dire sur la sémantique, ou sur les mots pris comme tels. Les considérations sur les mots, les 'significations' des mots, etc., je les abandonne aux philologues dont c'est le domaine propre.

En faisant les remarques qui vont suivre, je supposerai, cependant, que l'auditeur peut faire la différence entre la Sémantique, discipline vieille et respectée, qui entre dans le cadre de la philologie, et la plus récente Sémantique Générale de KORZYBSKI. Plutôt que de prendre votre temps pour vous parler de ce qu''est' la sémantique générale, je compte vous montrer comment j'utilise ce système d'évaluation dans mon travail.

En pénétrant dans un domaine qui peut ne pas être familier à quelques-uns d'entre vous, je suis pleinement conscient, comme beaucoup d'entre vous, de l'état de confusion qui règne parmi ceux qui sont engagés dans le domaine de la psychothérapie. Dans un volume intitulé Progress in Psychotherapy2, qui résume les articles présentés à un symposium de l'Association Américaine de Psychiatrie en 1955, il figure les déclarations suivantes :

La psychiatrie a grand besoin d'une compréhension claire et rationnelle du processus de guérison... Des hypothèses nous en avons... mais aucune n'a jamais atteint un degré de validation suffisant pour qu'elle soit acceptée par l'ensemble du corps médical, comme théorie bien établie (WHITEHORN, p. 62).

La psychothérapie a beaucoup plus de variantes que la psychanalyse; ce qui appartient à la psychothérapie, et ce qui ne lui appartient pas, c'est même moins net que ce qu'est ou n'est pas la psychanalyse ... Le temps est venu de rechercher non plus les différences, mais les similitudes, et de formuler des dénominateurs communs au sein de l'ahurissant étalage de méthodes et de techniques différentes (HOCH, p. 72-73).

C'est le mécontentement qui me pousse à aborder ces problèmes. Il y a peu d'années encore (bien que cela semble une longue durée dans ma vie de psychanalyste), je nourrissais l'expectation réconfortante qu'accroître la 'sophistication' et l'expérience analytique augmenterait le pourcentage de succès thérapeutiques ... A contrecœur, j'avoue que cet espoir ne s'est point réalisé (p. 87). Je tolère mal qu'on aborde le problème par esprit de propagande, de quelque point de vue que ce soit. Nous avons tort d'être pour ou contre quelque chose dans ce domaine. Nous n'avons droit qu'à l'attitude de la plus complète humilité : humilité exprimant que nous ne savons encore presque rien sur bien des éléments importants, que ce soit dans les processus névrotiques ou dans les processus de psychothérapie (KUBIE, p. 101).

Aujourd'hui, la psychothérapie est presque dans le même désordre qu'il y a 200 ans (p. 108). A cette étape, nous semblons rivaliser les uns avec les autres pour atteindre un certain trône théorique, oubliant souvent que ce trône est aussi instable qu'une chaise à trois pieds (ZILBOORG, p. 110).

La situation de la psychologie offre à mes collègues psychologues ou à moi-même peu de raisons de nous sentir satisfaits, comme le Professeur KRECH l'a montré de manière si mordante.

Le 'psychologue parfait' est une sorte de canular, un agréable rêve éveillé d'expert sans existence. Il existe des psychologues de l'acquis, des psychologues de la perception, des psychologues de la motivation, et il y a autant de sortes de psychologues que de façons de classer les données psychologiques. Ceci est déjà vrai pour ceux d'entre nous qui sont empiriques et, par force, limités à des problèmes définis de façon plutôt tranchée; mais c'est également vrai pour ceux d'entre nous qui systématisent, et opèrent à des niveaux cosmiques. En correspondance avec chaque façon concevable de classifier les données psychologiques, nous avons érigé des théories, des systèmes et des approches d'abord séparés et indépendants; mais nous n'avons pas un ensemble simple et unifié de principes et de lois qui englobe la psychologie toute entière. Si l'un de nous aspirait au rôle de 'psychologue parfait', et se mettait à écrire un traité théorique sérieux recouvrant l'ensemble de ce qui a trait au comportement, sa production contiendrait bien des caractéristiques du délire confusionnel de l'hébéphrénie, selon une expression suggérée par Gardner MURPHY. Pour discuter un spécimen de comportement, il aurait recours aux 'principes de l'acquis', pour un autre spécimen, aux 'principes de perception', pour un troisième, il devrait faire appel aux 'principes de motivation', etc. Et le bien-fondé ou le mal-fondé d'un quelconque de ces groupes de 'principes' ne dépendrait pas du bien-fondé ou du mal-fondé d'un autre groupe. L'œuvre de notre soi-disant 'psychologue parfait' mettrait en cause, essentiellement, trois sortes différentes d'organismes (dont aucun n'existe réellement, je suis prêt à le soutenir). Il en serait bien ainsi, car notre candidat mythique découvrirait que, traditionnellement, beaucoup de psychologues ont répondu à la question : " Quelles sont les catégories de données psychologiques ? ", en créant trois catégories 'de base' : données acquises, données de perception, données de motivation - chacune avec son propre ensemble de principes et de lois indépendants. Il s'apercevrait que beaucoup de nos expérimentateurs et de nos théoriciens sont concernés eux-mêmes par les ACQUISITIONS non-perceptives, non-motivées; par les PERCEPTIONS non-acquises, non-motivées; par les MOTIVATIONS non-perceptives, non-acquises. Le 'psychologue parfait' chercherait en vain un ensemble de termes descriptifs qui lui permettraient précisément de trouver la nature d'un lot unitaire de principes universels3.

En 1962, tandis que la moitié de nos lits d'hôpitaux sont occupés par des malades mentaux, alors qu'on peut prédire d'une personne sur dix rencontrées dans la rue, qu'elle sera confiée à un hôpital psychiatrique, et quand, de tous côtés, des yeux anxieux se tournent vers les cieux en attendant l'horrible éclair qui doit tous nous réduire en atomes, de sérieuses questions se posent : comment en sommes-nous arrivés là ? Un grand nombre de voix répondent, quoiqu'avec beaucoup moins d'assurance qu'elles ne le faisaient lorsque je débutais dans la carrière d'enseignant. A ce moment-là, il y a 45 ans, j'étais tout-à-fait sûr que la connaissance était quelque chose existant depuis longtemps et pouvant être transmis d'autorité. Ayant accompli un certain nombre d'années dans des institutions dépositaires de la connaissance, j'avais le sentiment d'être en possession de cette connaissance, à coup sûr. J'étais également tout-à-fait certain que, ayant acquis certaines techniques pour transmettre la connaissance, je pourrais le faire. Quand j'étais jeune, dès qu'un débutant possédait la prestigieuse connaissance, j'étais fermement convaincu que j'avais infusé en lui tout ce qui serait vrai en ce monde. Aujourd'hui je n'en suis pas sûr. Lorsque nous écoutons les discussions et les prescriptions apprises, je me rappelle que KORZYBSKI avait coutume de raconter une histoire provenant de la Résistance européenne, au temps d'HITLER :

Dans un compartiment de chemin de fer, une grand-mère et sa jeune et attirante petite-fille, un officier roumain et un officier nazi sont les seuls voyageurs. Le train passe sous un tunnel obscur, et l'on entend un baiser bruyant et une claque vigoureuse. Le train sort du tunnel, personne ne dit mot, mais la grand-mère se dit en elle-même : " Quelle excellente fille j'ai élevée, elle sait se défendre ". La jeune fille se dit : " Oh, grand-mère est assez âgée pour ne pas se formaliser d'un petit baiser. D'ailleurs, ces compagnons sont charmants. Je suis étonnée que grand-mère ait la main si leste ". L'officier nazi médite : " Comme ces Roumains sont malins. Ils volent un baiser et laissent l'autre prendre la claque à leur place ". L'officier roumain, lui, rit sous cape : " Comme je suis astucieux. J'ai embrassé ma propre main et claqué le nazi "4.

Ici, évidemment, nous trouvons des différences dans la 'perception' d'un événement. Ces différences sont si importantes, en fait, que nous pourrions très bien nous demander : " D'où vient ce que nous voyons, entendons, percevons, etc. ? "

J'ai enseigné pendant des années avant de recevoir le plein impact de cette question. Une fois que je l'ai réalisé, je n'ai jamais cessé de m'étonner de ce que moi, mes patients et mes proches voyaient, lorsque nous vaquions à nos tâches journalières

A partir du moment où j'ai commencé à gâcher les enfants de mes semblables, bien des années s'écoulèrent avant que je ne me mesure, pour la première fois de ma vie, avec le problème : " Qu'est-ce que j'essaie exactement de faire avec ces êtres humains ? " C'est une question de poids, et je vous suggère de vous la poser; vous n'y répondrez pas facilement. J'allègue qu'à moins d'avoir une réponse très claire à cette question, je ne suis pas une personne sûre, à qui l'on puisse confier l'éducation d'un être humain.

Au long des années, j'ai posé cette question à plusieurs reprises à des enseignants et à de futurs enseignants. Je dois avouer que les réponses que j'ai obtenues sont souvent vraiment effrayantes. La grande majorité des gens à qui je le demandais ne savaient pas très clairement ce qu'ils essayaient de faire ; beaucoup disaient : " J'essaie d'apprendre à lire aux enfants, ou, j'essaie de leur apprendre l'histoire, etc. " J'ai même obtenu quelques répliques du genre : " Comment voulez-vous que je gagne ma vie autrement ? "

Sans étudier la question plus à fond, je vous indiquerai, aussi simplement que possible, ma réponse à cette question. Il y a un quart de siècle, j'ai trouvé que la tâche d'un professeur était d'aider ceux qui entraient en contact avec lui, à établir en eux-mêmes, à chaque instant, des relations qui correspondent aux relations toujours changeantes de leur milieu de vie.

Ce point de vue ne m'est pas personnel : il vient de la définition de la vie d'Herbert SPENCER, publiée pour la première fois en 1885, dans ses Principles of Psychology ; il y écrit : " La vie est la combinaison définie de changements hétérogènes, à la fois simultanés et successifs, en correspondance avec les co-existences et les enchaînements extérieurs "5.

La définition de SPENCER s'applique à toutes les formes vivantes. Si nous examinons une amibe au microscope, ou une cellule vivante du cerveau humain, nous observons qu'elles sont sans cesse soumises au changement. Cellules sans repos, comme les nomme GERARD6. Si une amibe entre en contact avec une substance dans le milieu liquide où elle vit, son intérieur se transforme immédiatement, pour s'adapter au milieu modifié qu'elle a rencontré. Elle forme une 'bouche' autour de la substance et l'ingère. A moins de changer constamment de cette manière, elle ne peut survivre ; si elle ne se modifie plus, elle est morte.

Les actions d'un organisme et ses interactions avec son milieu procèdent de ses états internes. La vie devient une affaire d'interactions. Elle ne se perpétue pas dans le vide. En dernier ressort, dans l'éducation, ce qui me concerne, ce sont les actions et les interactions de l'élève, parce qu'en dernière analyse, ce que mon proche fait, me touche en retour; ce qu'il fait nous affecte tous, y compris lui-même. Si ses états intérieurs, et les actions de lui qui en découlent, ne sont pas en harmonie avec son environnement tout entier, il est perturbé; il se pourrait bien que nous fussions tous perturbés.

Au cours des années, il devint pour moi de plus en plus évident que les individus qui venaient à moi dans un cadre clinique, livraient des indices d'états intérieurs qui n'étaient pas en harmonie avec les milieux totaux où ils vivaient. Beaucoup de ces individus étaient étudiants dans nos systèmes d'éducation; ils avaient déjà été 'éduqués' de diverses manières. En fait, ce qu'ils avaient appris facilitait la formation d'états intérieurs qui n'étaient pas en accord avec les événements du milieu où ils baignaient. Leurs actions et interactions avec l'ensemble de leurs milieux étaient d'une nature telle qu'ils se nuisaient à eux-mêmes et nuisaient aux autres. Progressivement, la notion du caractère bénéfique de la souffrance, reconnue par quelques-uns depuis bien longtemps, me vint à l'esprit. Je définis la souffrance comme un état intérieur qui, pratiquement, dit à un organisme : " Vos actions vous ont jeté hors de l'équilibre avec le milieu total dans lequel vous vivez. Lorsque vos actions seront en harmonie avec votre milieu, vous ne souffrirez pas, vous ne nuirez pas aux autres et, en retour ils ne nuiront pas à vous-mêmes à nouveau ".

Il devint de plus en plus clair pour moi, que mon rôle de psychothérapeute devait être semblable à mon rôle de professeur. Laissez-moi donc répéter : à mon point de vue, ma tâche en milieu clinique est de faciliter, chez le client, la formation d'états intérieurs qui l'induisent à agir en accord avec le monde avec lequel il vit.

Ce point de vue amène immédiatement certaines questions, qui viennent à la pensée de beaucoup d'entre vous. Permettez-moi d'en suggérer quelques-unes :

  1. Pouvons-nous établir la nature - les caractéristiques - du milieu humain ? Qu'est-ce qui constitue en bref le milieu HUMAIN ? Le milieu HUMAIN est-il le même que celui d'une amibe ou de Médor ? A moins d'estimer correctement les caractéristiques du milieu où vit l'HOMME Dupont, comment pouvons-nous faciliter la formation d'états intérieurs subjectifs propres à entraîner chez le client des actions qui soient en accord avec son milieu ? J'accepte la dynamique que nous appelons univers. Cela ne veut pas dire que j'accepte les vues personnelles de n'importe qui et de tout le monde sur l'univers. La science nous donne en 1962 une vue de l'univers qui nous procure un maximum de possibilités de prédictions. Je m'appuie sur la prémisse de Francis BACON, énoncée il y a bien des années : Qui veut commander à la Nature doit lui obéir. Je vais plus loin, je postule que la nature ne connaît pas mon client. Le client doit comprendre la nature, lui y compris, car il fait partie de cette nature. Il faut qu'il comprenne les questions auxquelles le Sphinx le confronte chaque jour.
  2. Pouvons-nous établir la nature de l'organisme HUMAIN ? Est-ce que la nature la STRUCTURE d'un organisme humain nous donne des raisons de supposer que des changements fondamentaux peuvent être réalisés dans les types acquis de relations avec l'univers ? Est-ce que la structure de l'organisme humain nous permet de faire l'hypothèse qu'un patient peut accomplir les actions nécessaires à son maintien en harmonie avec l'ensemble de son milieu ?
  3. A partir de notre connaissance de la nature du milieu HUMAIN et de la nature de l'organisme HUMAIN, pouvons-nous établir la nature des actions et interactions HUMAINES avec le milieu, qui entraîneront la plénitude de vie pour le client ? Toute vie consiste à maintenir une relation, en transformation continuelle entre les états intérieurs et les conditions extérieures (le milieu) ? Cependant, la vie, à tous les niveaux d'organisation biologique, est unique. La généralisation, qui prédit et décrit les déterminismes qui assureront l'ajustement des états intérieurs aux états extérieurs d'une amibe ou de Médor, ne décrira pas correctement les déterminismes correspondants pour l'organisme HUMAIN. Pouvons-nous préciser ce que sont ces déterminismes pour le groupe HUMAIN ? Je crois que oui.

Si nous considérons le long chemin évolutif qui va de l'amibe à l'humanité, certaines généralisations couramment admises pourront être utiles au point où nous en sommes. Selon George Gaylord SIMPSON, l'un des paléontologistes faisant autorité dans le monde, les plus vieux fossiles étiquetés de manière précise sont vieux d'au moins un milliard d'années. Sans raconter en détail l'histoire qu'il rapporte si merveilleusement dans The Meaning of Evolution7, il suffit de dire qu'à un moment donné une espèce vivante unique apparut. Avec l'apparition de cette espèce, il advint une décélération dans la modification biologique et une accélération des modifications psychologiques. Peut-être serait-il plus exact de dire qu'avec l'apparition de l'homme, sa véritable existence en vint à dépendre plus des changements qu'il réalisait par des moyens psychologiques que par les changements biologiques de sa structure. Pour la première fois, dit DOBZHANSKY, " les gènes humains ont accompli ce qu'aucun autre gène n'avait réussi à faire; ils ont formé la base biologique d'une culture supraorganique, qui se trouve être la méthode la plus efficace d'adaptation au milieu jamais réalisée par une espèce "8.

Que pouvons-nous dire de ce nouveau type de vie, qui a pris l'ascendant sur toutes les autres formes vivantes ? Pour commencer, l'homme crée; les animaux, non, sauf dans une mesure très étroite. Depuis longtemps, l'homme, en imitant, d'abord par hasard, les processus de la nature, a créé de nombreuses formes nouvelles à partir d'espèces sauvages existantes. Il a créé de nouvelles variétés de fruits et de céréales, et de nouvelles races d'animaux. Il a inventé des usages au feu, ce qu'aucun animal n'avait jamais fait. Il a inventé la roue, qui n'existait pas dans le continent de l'Ouest, quand les Indiens " trouvèrent COLOMB sur la plage ". Selon V. Gordon CHILDE, l'homme se fait lui-même9. Mieux encore, les actions qu'il accomplit et ses interactions avec le milieu permettent de vivre aux générations à venir. De fait, la génération qui naît aujourd'hui ne pourrait survivre si quelques générations précédentes n'avaient quelque peu modifié le milieu10. On ne peut en dire autant à propos d'aucune autre forme vivante. Tant que les moyens de l'homme pour se nourrir furent les mêmes que ceux des animaux, les hommes continuèrent à se battre comme des chiens autour d'un os. De nos jours, toute tentative de vivre comme un animal se terminerait vite en catastrophe pour nous tous. Sans l'usage des fruits de la création humaine - utilisation du feu, des céréales artificiellement produites, des remèdes, habits, outils, de la roue, etc. - tous les hommes, sauf une très faible part d'entre eux, mourraient : ce serait l'affaire de quelques jours. J'allègue, cependant, que les systèmes de psychothérapie, qui postulent l'agressivité ou l'hostilité parmi les principaux ressorts de la conduite humaine, ignorent le fait patent de notre appartenance à une classe de vie dont l'existence véritable dépend de la coopération, même avec les générations depuis longtemps éteintes. L'homme ne peut exister seul. Aucun de nous ne possède toute l'information nécessaire pour conserver le bâtiment où nous sommes, et maintenir en fonctionnement toutes les commodités qui y sont logées. Personne ici ne pourrait se procurer, par ses seuls efforts, la nourriture de son prochain repas.

Je me répète. Si la psychothérapie doit s'engager à faciliter l'adéquation des états intérieurs et des conditions extérieures, alors elle ne peut être basée sur la prémisse biologique que la fonction naturelle de survie dans le groupe humain est assurée par l'hostilité. Il n'y a pas, que je sache, en génétique moderne, de découverte qui signale l'hérédité des tendances hostiles. Tout ce dont nous héritons, c'est d'une structure capable de manifester de l'hostilité en réponse aux chocs du milieu. La même structure, dans des conditions de milieu différentes, montrera un comportement non-agressif, coopératif, comme Ruth BENEDICT le démontre si bien dans Patterns of culture. Pour citer encore DOBZHANSKY : " Puisque l'organisation sociale peut augmenter l'adaptation biologique de l'espèce, on peut attendre de la sélection naturelle qu'elle favorise une conduite de coopération ".

Brock CHISHOLM, dans Prescription for Survival11, démontre clairement que nous avons dépassé depuis plus de quinze ans le moment où la conduite agressive a cessé d'être une tactique de survie. Nous avons atteint, assurément, en psychothérapie, le point où nous pouvons joindre nos voix à celles des Indiens hopis, des Mennonites et des Quakers : reconnaissons que les types de conduite menant à notre destruction certaine à tous, ne peuvent raisonnablement plus être considérés comme conduite 'normale' du groupe HUMAIN en 1962.

D'autres ont écrit sur la conscience qu'a l'homme de sa solitude, et ont fait remarquer que, pour des raisons psychologiques, il ne peut faire face à cet état de choses. Je suis d'accord avec ce point de vue, mais je vais plus loin. Si toute considération psychologique est laissée de côté, les faits se trouvent être que les HOMMES, pris en tant qu'organismes biologiques, ne peuvent survivre seuls. L'évolution a fini par engendrer une classe d'organismes qui ne peuvent survivre, à moins d'agir solidairement. La plus grande punition pour un humain est d'être isolé de ses semblables. Le prisonnier au secret souffre, non parce qu'il manque de pain, mais parce qu'il est retranché de ses compagnons. Séparé des autres hommes, l'homme moderne ne peut se servir lui-même de la connaissance et des moyens mécaniques pour se procurer lui-même sa nourriture de ses propres mains nues. La sagesse du corps, vécue comme souffrance pendant l'isolement, l'avertit que la mort serait inévitable si son isolement devait persister. Nous sommes avertis, sans erreur possible, que la nature de l'organisme humain, cet ultime développement du long processus de l'évolution, trouve son fil conducteur en ceci : l'homme ne peut exister seul.

Permettez-moi un retour en arrière : considérons ce qui constitue le milieu HUMAIN. Nous partageons avec toutes les autres formes vivantes un même univers, jusqu'à un certain point. EINSTEIN a postulé que cet univers pouvait être décrit comme processus dynamique. Mathématiquement, il ne peut être décrit que dans une terminologie à quatre dimensions : espace-temps. Si nous supprimons le trait d'union de l'expression "espace-temps", nous supprimons la théorie d'EINSTEIN. Ceci signifie que rien ne demeure jamais là où il était. Cela signifie que, dans l'univers, rien ne peut être prédit sans qu'on considère à quel moment. Dans l'univers, nous ne pouvons pas établir d'identité, chaque chose est rattachée à chaque autre chose ; les mathématiciens parlent à ce propos du principe d'indétermination. Dans l'univers, nous ne trouvons pas de qualité : ni rougeur, ni douceur, ni chaleur. L'univers est fondamentalement inconnu.

Le milieu que j'ai décrit jusqu'ici, nous le partageons avec tous les organismes : lumière solaire, air, sol, eau, facteurs climatiques variés, et un nombre indéterminé d'autres facteurs physiques tels que champs de gravitation, énergies rayonnantes, etc.

Mais, au sein de la vie, le groupe humain doit prendre en compte d'autres facteurs du milieu, et ces facteurs n'affectent pas les autres groupes. Le milieu linguistique, création unique de l'homme, devient un facteur d'importance primordiale dans le déroulement de nos vies quotidiennes. Un gros titre annonçant la dernière action de KROUCHTCHEV affecte les états d'âme des hommes partout dans le monde. " Je t'aime ", chuchoté à une femme, suffit à la retourner. Sans le langage, nous ne pourrions traiter les affaires humaines de manière à assurer notre survie.

Et pourtant, selon les paroles de Charles SHERRINGTON, le langage se révèle une arme à double tranchant : " Vous pensez que la nature est intelligente, et même, sage. Vous la savez dépourvue de raison, étant pur mécanisme ? Pourtant, elle a fini par vous faire, vous et votre raison. Si vous pensez un peu, vous et votre raison pouvez savoir cela ; vous, la seule chose capable de raisonnement dans le monde, et par suite, la seule chose folle "12.

Je fais le point. En plus des systèmes dynamiques de relations, des phénomènes électro-magnétiques et physico-chimiques avec lesquels les actions des animaux doivent s'harmoniser, les opérations des organismes HUMAINS doivent s'accorder à des facteurs du milieu qui ont été créés par les êtres humains eux-mêmes. Nous sommes ici dans une région houillère. Pendant des millions d'années, le charbon qui se trouve sous nos pieds n'a guère eu d'importance pour les habitants de la forêt. Pendant la durée de l'évolution, les systèmes dynamiques que nous avons l'habitude d'appeler " nature ", ont changé lentement. Les formes vivantes ont traversé des périodes de développement lent, produisant, sous l'action du milieu et par des processus de sélection naturelle, des structures qui les rendaient capables de s'adapter à leur biotope. Mais la venue de l'homme a fait apparaître une nouvelle dimension du milieu - une nouvelle série de relations toujours changeantes, auxquelles nous devons continuellement conformer nos actions quotidiennes, sous peine de mourir. L'homme s'est emparé du charbon et l'a utilisé en liaison avec de nouveaux processus qu'il a créés et dont toute son existence dépend. L'homme a épuisé les forêts de Pennsylvanie, et nous sommes contraints de compter sur les forêts du Canada ou de l'Oregon (ainsi que sur les êtres HUMAINS qui s'y trouvent), pour y trouver les matériaux de construction de maisons.

L'homme a tiré des minerais de la terre et a construit les voies ferrées, les avions, les systèmes de communications qui relient les hommes entre eux sur l'ensemble du globe. Il a presque épuisé la réserve de minerai, autrefois dite 'illimitée', de la région du Mésabi, et maintenant, forcément, son industrie dépend des montagnes du Vénézuela et des hommes qui y vivent. Les minerais ne s'extraient pas et ne se transportent pas eux-mêmes. Grâce aux minerais qu'il tire de la terre, l'homme transforme sans cesse les conditions de milieu auxquelles il doit constamment effectuer les adaptations appropriées. A la fin, il a fabriqué les fusées avec lesquelles il peut se détruire lui-même - réalisation dont l'animal n'a jamais été capable.

En opposition avec les milieux anciens, 'naturels', évolutionnistes, 'biologiques', les changements se produisent au sein des milieux créés par l'homme à une allure ahurissante. Le changement a lieu en progression géométrique. C'est un changement produit par les organismes HUMAINS. Nous en arrivons au point de l'évolution où l'éducation, psychothérapie (RÉ-éducation) incluse, est notre tâche principale. EBY, l'un des spécialistes les plus pénétrants des sciences sociales à l'heure actuelle, donne une définition de l'homme éduqué en des termes adaptés à la dimension humaine de la vie. L'homme éduqué est " quelqu'un qui sait voir les conséquences de ses actes sur ses relations prises dans leur totalité. Les relations les plus significatives pour la conduite humaine sont les relations avec d'autres peuples, et donc, dans l'état actuel des communications à l'échelle mondiale, avec tous les peuples. L'isolationniste (que ce soit dans la famille, l'église ou l'état) n'est pas un homme éduqué, quelqu'instruit qu'il puisse être. Que nous le voulions ou non, nous faisons partie du monde, et l'histoire mondiale enseigne que notre survie dépend du maintien de bons rapports avec ce monde, dans des relations honorables et, de ce fait, mutuellement avantageuses "13.

L'homme est entré soudain dans une ère où ses impulsions égocentriques, hédonistiques, ne sont plus des guides sûrs pour prolonger son existence. La période du changement induit par l'homme est arrivée. La terre s'est rétrécie. Les peuples du coeur de l'Afrique, que nous considérions naguère comme habitants sauvages de lointaines forêts vierges, sont maintenant à notre porte. Les individus infantiles, que KORZYBSKI caractérisait comme " cherchant tout le plaisir des 'sens', et ne s'informant jamais des souffrances des autres ni de leurs conséquences pour eux-mêmes dans l'avenir ", ces hommes-là ne peuvent s'adapter dans un monde rétréci où chacun d'entre nous est lié à tous les autres.

Dès 1933, KORZYBSKI a formulé très nettement la nature des adaptations que nous devons tous réaliser aujourd'hui si nous voulons rester intérieurement en correspondance avec le milieu HUMAIN dans lequel nous vivons tous. L'affirmation suivante de Science and Sanity14 est radicalement opposée, par ses implications, aux prémisses sous-jacentes des psychologies hédonistiques qui forment le fondement de la plupart des psychothérapies en 1962 : " Plus l'enfant vient en contact avec la 'réalité', plus il apprend, et chez l'enfant 'normal', le 'principe de plaisir', établi comme méthode d'adaptation au stade infantile, cède lentement la place au 'principe de réalité', qui devient ainsi la méthode sémantique d'adaptation de l'adulte accompli ".

KORZYBSKI a compris que le couple 'système-fonction' de FREUD devait être revu et reformulé. A cette fin, il a réclamé spécialement qu'on envisageât un " inconscient 'dynamique' actif ", ce qui élimine le déterminisme démonologique implicite des vieux systèmes de psychothérapie. En 1962, un 'inconscient' démonologique et statique n'a pas plus de sens qu'un 'conscient' statique n'en aurait. Toute science postule aujourd'hui que rien n'est statique dans l'univers.

Sur la base de mon expérience personnelle, je voudrais aller plus loin, et dire ici seulement que le temps approche vite où les notions d''inconscient' indépendant seront reléguées au royaume des mythes. Je développerai les bases théoriques avec plus de détails dans un travail que je suis en train de préparer. Qu'il me suffise ici de dire que je trouve bien plus fructueux, et de loin, d'examiner ce qu'un patient fait de son 'conscient' que de pénétrer dans l'empire d'un 'inconscient' mythique. Mon expérience corrobore les conclusions de MOWRER15 et d'autres auteurs, puisque, autant que je sache, je continue en montrant comment ces conclusions trouvent leur sens sur des bases neurologiques et par rapport à des processus évolutionnistes.

Suivant un principe psycho-biologique, le type de comportement auquel nous pouvons nous attendre chez un organisme, dépend de la structure de cet organisme. La structure d'une amibe limite son comportement à un petit nombre de mouvements, relativement à ceux de l'homme. La structure humaine nous fournit-elle une raison de supposer qu'un patient peut accomplir les opérations nécessaires pour se maintenir lui-même dans un complexe dynamique de relations mouvantes ? Je crois que nous pouvons répondre oui en confiance. J'ai seulement le temps ici d'examiner rapidement les données ayant trait à la structure et à la fonction du système nerveux humain. A ce sujet, j'engage le lecteur à étudier les recherches fondamentales de George E. COGHILL, C. Judson HERRICK, C.M. CHILD, C.S. SHERRINGTON, Russell MEYERS16. Le travail de HERRICK The evolution of human nature17 dans lequel il dresse le bilan fructueux de sa longue existence, donne une bibliographie plus étendue.

L'éléphant a un plus grand cerveau que l'homme. Son grand cerveau est nécessaire à l'intégration fonctionnelle de son corps massif, concernant principalement les fonctions de locomotion, de reproduction, de respiration et de digestion. Cependant, par rapport au poids du corps, le cerveau humain surpasse de beaucoup celui de l'éléphant. Chez l'homme comme chez l'éléphant, une partie du cerveau intègre les fonctions animales, biologiques. Mais l'homme possède du tissu nerveux pour épargner le surplus de ce qui est nécessaire à une vie végétative, animale. Je vais énumérer brièvement quelques-unes des caractéristiques structurales saillantes du cerveau humain, et le comportement corrélatif que cette structure rend possible.

Tout d'abord, le système nerveux humain est, parmi les structures connues, la plus hautement complexe. Cette structure accomplit (pour utiliser la terminologie de HERRICK) des fonctions analytiques et intégratives. Les analyseurs réagissent à un fantastique faisceau de changements énergétiques du milieu, donnant ainsi aux hommes la possibilité d'une activation différentielle sans égale dans le monde organique. Par exemple, les récepteurs tactiles de la peau sont sensibles à des stimuli mécaniques allant d'un contact unique à plus de 1.500 contacts par seconde. L'oreille distingue des vibrations sur une échelle d'environ 9 octaves, soit de 30 à 20.000 vibrations par seconde. L'œil est sensible à des vibrations qui vont de 4 à 8 fois 10 à la puissance 14 par seconde. L'œil contient à lui seul plus de 100 millions de photorécepteurs, ce qui signifie que l'œil peut exister dans 2 à la puissance 100 millions états différents. Le cortex humain renferme aux alentours de 10.000 millions de cellules nerveuses. Le nombre de circuits différents qui sont possibles dans un tel réseau fait vaciller l'imagination. Il dépasse le nombre total des atomes de l'univers sidéral visible. Il en résulte que notre structure nous permet de réagir différentiellement dans un milieu dynamique passant par une succession infinie de situations complexes. Il n'y a pas de lien rigide entre un événement et le comportement qui s'ensuit. Grâce à notre structure analysante, nous pouvons détecter des différences et réagir différentiellement. Autrement dit, nous pouvons exercer un choix.

La description que donne HERRICK de la structure de l'organisme HUMAIN nous contraint à mettre fortement en doute la doctrine freudienne, selon laquelle l'homme se trouve agrippé par les tentacules d''instincts' mystérieux, résidant quelque part dans les cavernes d'un 'inconscient' mythique. N'importe qui, tant soit peu familiarisé avec les recherches sur ce que l'on appelle les 'instincts' - par exemple celles de BERNEY et TEEVAN18 - hésiterait, c'est le moins qu'on puisse dire, avant d'adopter un système psychologique fondé sur 'l'instinct' comme prémisses. Il est intéressant de noter que HERRICK ne mentionne même pas le nom de FREUD dans l'ouvrage qui couronne sa longue et illustre carrière. Il convient également de noter qu'un autre grand de la neurophysiologie, le défunt Charles SHERRINGTON, ne mentionne le nom de FREUD qu'une seule fois en deux volumes12,19, dont l'un demeure à ce jour le grand classique de la neuro-physiologie.

Le système nerveux humain, avec son tissu d'épargne, pousse plus loin les possibilités d'adaptation réussie au milieu complexe. Quand il n'y a pas de tissu d'épargne, la marge d'apprentissage est limitée. C'est ainsi que la différence de comportement entre le jeune et l'adulte est petite chez les animaux. Un comportement stéréotypé caractérise ces organismes. L'expérience individuelle compte peu. Ces organismes démarrent là même où la précédente génération s'est arrêtée, et ils en restent là.

Au contraire, l'être humain commence sa vie en tant qu'enfant, son cerveau n'est que partiellement développé, et c'est à son expérience individuelle qu'il revient d'amener au jour et de modifier les capacités du cerveau. La carrière de chaque être humain n'est plus, comme celle d'un animal, largement prédéterminée par les existences qu'ont eues ses ancêtres. Chez l'être humain, la période infantile, fortement allongée, sans égale chez aucune forme animale, donne la possibilité à chaque génération de se développer, sous l'influence du milieu, dans des directions compatibles avec les conditions du milieu du moment. Il n'est pas nécessaire pour un enfant du XX° siècle de revivre les 2 millions d'années de l'existence préhistorique de l'homme. La modificabilité extrême du cerveau de l'homme moderne n'a de rivale chez aucun autre organisme. Comme le cerveau de tous les organismes, le cerveau humain est modifié sous l'action du milieu. Par exemple, il est connu depuis bien des années que des enfants nés avec la cataracte ne recouvrent pas toujours la vue une fois qu'ils ont été opérés. Pour évaluer ces résultats cliniques, REISEN, HEBB et d'autres auteurs ont mené pendant plus de 15 ans des expériences qui permettent la généralisation suivante : l'action du milieu ou son défaut sont décisifs dans la détermination à la fois structurale et fonctionnelle du système nerveux. Les résultats provenant de ces expériences étayent aussi une autre généralisation : les organismes dont les adaptations au milieu sont, en cours de vie, les plus complexes, exigent une plus longue période d'action du milieu pour former les structures nécessaires à ces adaptations plus compliquées. Les comptes-rendus d'un récent symposium de la Faculté de Médecine de HARVARD20 groupent les résultats de nombreuses recherches menées dans le champ d'investigations appelé couramment : les déficiences sensorielles. Ces recherches ne viennent absolument pas à l'appui des systèmes courants de psychothérapie, fondés sur des 'instincts' statiques.

Avec son réseau étendu de neurones d'association, le cerveau humain rend possibles des opérations comme celles que nous appelons " mise en connexion ", " mise en relation ", " intégration ", " coordination ", etc. Cela signifie que notre structure nous rend capables de prendre en compte des facteurs nombreux et variés dans le complexe dynamique que nous appelons milieu, et de leur répondre de façon intégrée. Mais cela signifie encore autre chose : nous pouvons créer un langage. Nos réponses peuvent s'exprimer par rapport au passé, au présent et au futur. Parce que l'homme a créé le langage, nous pouvons symboliser les actions passées et leurs conséquences dans le présent (ce que, faute d'un meilleur terme, j'appelle " mémoire "). Nous pouvons projeter dans le futur les représentations des conséquences possibles de nos actions présentes.

Notre système nerveux abstrait14. Toutes les caractéristiques de l'univers ne parviennent pas à notre conscience. Parce que nous abstrayons, nous pouvons considérer comme similaires des aspects différents d'un même milieu, ignorant toutes différences. Bref, nous pouvons généraliser - nous savons créer des abstractions d'ordre supérieur. Nous pouvons nommer des choses différentes du même nom, et oublier que les choses sont différentes. Mais, parce que nous pouvons généraliser, nous savons créer des sciences, des mathématiques, des systèmes d'éducation et de psychothérapie. Nous pouvons enregistrer l'expérience des âges précédents et donc repartir de là où la dernière génération s'est arrêtée. Ou bien, nous pouvons nous limiter nous-mêmes à l'usage de la vieille " sagesse " et nous arrêter là où nos ancêtres ont fini leur parcours. Puisque justement les abstractions et généralisations modernes peuvent nous conduire à des aperçus nouveaux et à une meilleure capacité de prédire, et nous épargnent peut-être le sort des dinosaures, nos anciennes généralisations peuvent nous laisser déroutés sous l'action de la succession nouvelle d'événements, et, dans des cas extrêmes, peuvent nous rendre bons pour la psychothérapie. Nous pouvons même nous cramponner aux postulats freudiens démodés d''instincts', d''inconscient' statique, etc. que contredisent la génétique, l'anthropologie, la physique, la neurologie, etc., modernes !

Toute vie abstrait, mais l'homme est le seul organisme qui peut le savoir. MEDOR n'a pas de bibliothèques, pas d'aides extérieures à son système nerveux, pas de science pour le lui dire.

La structure de l'homme lui permet d'appliquer les processus d'abstraction-généralisation à des champs inconnus des autres formes vivantes. Le nombre d'abstractions-généralisations d'ordre supérieur qu'il peut réaliser est illimité : on peut toujours ajouter une parole à ce qui a été dit. L'animal, lui, arrête quelque part ses processus d'abstraction-généralisation. Dans le milieu clinique, je rencontre souvent le client qui a le dernier mot.

Les généralisations de l'homme par la science ont propulsé des satellites dans les cieux. Ce n'est peut-être pas trop que d'espérer de l'homme qu'il prendra à cœur la situation qui est la sienne : nous sommes tous ensemble dans ce monde. Peut-être n'arriverons-nous jamais au point où nous puissions tous vivre de cette généralisation, qui est comme un calque ajusté aux faits du milieu humain en 1962. Arriverons-nous ou non à " l'âge adulte de l'humanité ", où un grand nombre d'entre nous se rendront compte que nous sommes tous ensemble dans ce monde ? Je l'ignore. Des forces puissantes tendent à nous maintenir à des niveaux infantiles. La destruction inconsidérée de nos ressources naturelles dans une bousculade folle de " chacun pour soi ", les antagonismes endémiques entre 'monde du travail' et 'direction' dans notre pays, " gagnez et gardez tout "; la maison 'facultative'; l'école 'progressive'; les manies 'd'adaptation'; l'apathie largement répandue en face du crime : tout ceci (et bien d'autres facteurs) contribue, avec la participation active et le consentement tacite d'humains comme vous et moi, à nous maintenir à des stades animaux. Le freudisme justifie une telle conduite animale. Je ne dis pas qu'il en est la cause. Le système freudien fournit la charpente théorique, linguistique qui justifie pour nous la façon de voir : un 'sexe' de type animal et des formes innombrables d'hostilité seraient les caractéristiques propres au comportement humain. Il n'en est absolument pas ainsi. La race humaine n'a pas survécu jusqu'ici sur la base de la reproduction sans frein et de l'hostilité. Elle ne peut survivre dans l'avenir si, en psychothérapie, nous continuons à proposer aux gens un certain modèle de 'sexe' et d'hostilité comme type 'normal' de conduite, caractéristique du groupe humain. Sûrement, d'autres formes d'expression HUMAINE ont existé depuis de nombreuses années, et elles sont à plus juste titre désignées comme HUMAINES. Richard LA PIERE21 nous donne une description péremptoire de types hédonistiques, animalisés, de comportements agissant dans notre culture et que, en termes freudiens, il faut considérer comme 'normaux' pour les êtres humains. Sans être d'accord avec toutes les conclusions de LA PIERE, je ne saurais trop vivement vous engager à étudier The Freudian Ethic, à cause de ses implications profondes pour ceux qui s'occupent de psychothérapie.

Un autre facteur de grande importance se montre lié aux processus de représentation. Une fois que l'univers d'un individu a été adroitement structuré, pour ainsi dire, piégé dans la structure du langage, les implications structurelles véhiculées par notre langage usuel deviennent facteur déterminant de nos perceptions. La perception d'un objet implique nécessairement la reconnaissance de l'objet comme semblable à certains objets ou différent d'autres objets. Il n'y a pas de connaissance sans RE-connaissance, nous ne pouvons même pas nommer une chaise sans que soit impliquée une catégorie d'objets personnellement créés auxquels la chaise en question ressemble. L'élément essentiel dans la perception de cette chaise (ici-maintenant) n'est pas la réception d'un groupe d'impressions visuelles ou tactiles, mais l'évaluation par l'organisme de ses impressions, en tant que semblables à des impressions antérieures suscitées par des objets similaires. Lorsque nous RE-connaissons, cela signifie absolument que nous forçons un événement nouveau, sans existence antérieure, à entrer dans une vieille catégorie verbale, et, quelquefois, l'ajustement n'est pas excellent. Ce qui se produit dans la RE-connaissance doit être considéré comme un acte de catégorisation : exactement comme la démarche du naturaliste qui range un mammifère récemment découvert, à cornes et à sabots fourchus, parmi les ruminants. La seule différence entre ces deux démarches est la suivante : dans la RE-connaissance ordinaire, l'acte a été accompli si souvent qu'il est devenu automatique, tandis que l'acte de classification scientifique met en jeu la comparaison consciente et attentive de relations. Dans la vie quotidienne, nos tentatives automatiques pour faire rentrer les événements qui surviennent, dans les vieilles formes de langage, se réduisent souvent à une complète distorsion, spécialement si nous souffrons de rigidité dans nos catégories. " L'homme ", dit KELLY, " regarde le monde à travers des modèles transparents ou des gabarits qu'il crée, et avec lesquels il essaie ensuite de faire coïncider les réalités qui composent le monde (...) Il crée ses propres moyens de voir le monde dans lequel il vit ; le monde ne les crée pas pour lui "1. Cela peut avoir de sérieuses conséquences quand le client essaie de mettre en accord ses états intérieurs avec les événements extérieurs à sa peau.

Le temps ne me permet pas d'approfondir beaucoup plus ces questions, comme elles le mériteraient. Je vais maintenant récapituler brièvement ce que j'ai essayé de vous dire. J'ai décrit à la hâte, et de façon fragmentaire, à partir de quelles bases la psychothérapie pourrait être abordée, selon la sémantique générale de Korzybski. Je n'ai pas tout dit à propos d'un tel abord. Ce système de psychothérapie repose sur certaines prémisses qui ont déjà été énoncées:

A. Le système proposé s'appuie sur un postulat fondamental: la vie consiste essentiellement en un équilibre dynamique continuellement maintenu entre l'organisme et son milieu. Il considère que la vie établit continuellement, à l'intérieur des organismes, des relations qui correspondent aux relations existant ou se produisant dans le milieu.

B. Le système postule en outre que l'organisme HUMAIN est une structure qui accomplit des choix: ces choix conduisent parfois à des relations internes accordées aux relations externes, d'autres fois non. A tout instant, les actes sont provoqués, dans une direction ou dans l'autre, par le flux continu de relations complexes et dynamiques existant dans le milieu, et par les opérations du système nerveux; nous choisissons à tout instant de réaliser ceci, ou non. Dans ce système, les explications déterministes de nos choix se trouvent exclues, à l'exception des limitations nettement prouvées de l'organisme lui-même. Le fait de rejeter les explications déterministes constitue un choix. Le choix seul ne peut être rejeté.

C. Autre postulat: Il n'y a pas de méthode a priori pour décider avec certitude si un choix donné accroîtra ou diminuera le degré d'accord entre les relations internes et les relations externes.

D. Ce système rejette l'hédonisme en tant que fondement de choix en vue de la survie. Il adopte délibérément la vue suivante, en fonction du milieu total HUMAN : nous devons décider de dominer nos impulsions bestiales individuelles destinées à l'autogratification aux dépens de nos proches. Le système considère l'HUMANITE comme une dimension nouvelle de la vie, qui ne peut fonctionner et survivre si des individus ne sacrifient pas quelques préférences et avantages personnels, en vue du bien-être du groupe. Notre système considère 'l'altruisme' comme l'orientation peut-être la plus importante du groupe HUMAIN. Un des faits saillants de l'existence, aux niveaux HUMAINS, est que personne ne peut rester seul. Mises à part toutes considérations éthiques, aucun individu d'une société moderne ne peut longtemps se procurer, par ses efforts individuels, la nourriture et d'autres choses nécessaires à son existence.

E. Ce système considère que les choix individuels créent des, relations nouvelles dans le milieu, qui se réfléchissent sur tous les individus, et peuvent les affecter en retour (même les individus qui ne sont pas encore nés). " L'évolution du genre humain ", dit Sir Arthur Keith, " n'est pas quelque chose qui s'est passé il y a longtemps et au loin de nous, mais elle se passe ici et maintenant sous nos propres yeux. L'évolution qui se produit sous nos yeux n'est pas quelque chose qui nous arrive à nous. C'est quelque chose qui se produit par nous, et qui donne son orientation à notre évolution future dans la mesure où nous nous connaissons comme individus agissants. "17 En fonction de ce postulat, personne ne peut échapper à sa responsabilité partielle dans le monde où il vit et où vivront ses enfants. Un individu NE peut PAS déléguer sa responsabilité personnelle dans les choix qu'il accomplit. Si quelqu'un décidait de prendre sous ce rapport une position d'irresponsabilité, il ferait néanmoins un choix entraînant, des conséquences.

F. Ce système rejette les vues, largement soutenues, qui peuvent être étiquetées 'culpabilité névrotique'. Les systèmes actuellement existant prétendent que le client réagit par des sentiments de culpabilité aux actions qu'il a accomplies, ou aux réalisations imaginées, et que de tels sentiments sont névrotiques. Une telle mise à part de certains sentiments, et leur étiquetage comme névrotiques, je considère cela comme tout-à-fait arbitraire. Il se trouve que nos structures nous rendent capables d'éprouver des sentiments. Des sentiments de culpabilité, des sentiments de honte et de remords sont simplement quelques-uns des sentiments que nous sommes capables de vivre parce que nous ne sommes pas seuls. De tels sentiments trouvent des fondements très solides dans les faits de l'histoire de chaque être humain. Il apparaît au sein de la vie, dans le groupe humain, une période infantile très prolongée qui s'accompagna chez les parents, de la naissance de sentiments et d'actions non exclusivement tournés vers soi-même. Quand la famille humaine, avec ses rapports définis, vint à exister, des obligations réciproques de comportement durent naître entre ses divers membres. La façon de se comporter d'un individu ne pouvait plus se modeler seulement sur ses propres désirs de manière autocentrique, mais devait se soumettre dans une large mesure au bien-être de la famille. Et s'il juge sa propre conduite, l'individu doit désormais en comparer les caractéristiques avec plusieurs facteurs existant hors de lui-même. Du moment que deux êtres humains existent, aucun ne peut plus toujours suivre son propre chemin.

Pour maintenir les états intérieurs en correspondance avec les relations complexes constituant le milieu HUMAIN, il faut des choix volontaires, et ceux-ci se font sur une base différente de la base hédoniste (cela fait plaisir aux 'sens'. Expliquer le paiement d'impôts pour des asiles mentaux en fonction d'un principe hédoniste (" cela me fait du bien ") est à considérer comme un acte arbitraire, a priori, de classification. Une classification ne se forme pas spontanément. Soyons sincères: payer des impôts NE me fait PAS plaisir. Je n'aime pas les impôts. En payer ne me procure pas de gratification directe ou indirecte. En fait, je choisis cette forme particulière de désagrément pour éviter ce que je regarderais comme des conséquences bien plus désagréables, si les portes de tous les asiles mentaux et de tous les pénitenciers étaient brusquement ouvertes dans le pays. Je choisis délibérément cette forme de désagrément afin de conserver les grandes routes, les écoles, les postes, la fourniture d'eau et d'électricité, et d'autres entreprises sociales nécessaires pour échapper à une mort qui devient certaine quand ces facilités ne sont pas entretenues. Je peux accomplir ce choix parce que ma structure biologique me permet de me représenter les conséquences qui s'ensuivraient certainement en cas de non-choix. Je peux créer une abstraction d'ordre supérieur (opération créative, verbale), qui place finalement chaque être humain dans la même catégorie verbale que moi. Le fait que nous créons de telles représentations ouvre l'abîme qui sépare à jamais les êtres humains de la brute. L'animal opère à des niveaux de 'plaisir sensoriel'. Le groupe humain ne pourrait guère survivre sur la base du plaisir, même s'il pouvait l'essayer. En 1962, en science, les données des sens sont démodées.

Dans le cours de son développement, chacun de nous a intériorisé certaines règles de conduite tenant compte du fait qu'il existe d'autres êtres humains. Nous héritons de structures biologiques rendant possible d'intérioriser des règles de conduite. Les processus sélectifs de l'évolution ont préservé de telles structures, qui ont satisfait au test de survie jusqu'à maintenant. Je ne connais point d'étude sérieuse des affaires humaines soutenant que nous aurions une société si tous ses membres ne vivaient pas leurs actes selon certaines règles. Nous ne pouvons rester seuls; certaines lois sont impérieuses. Il se trouve justement que nous héritons de types de structures qui éprouvent culpabilité, honte, peur des conséquences, remords, etc., quand une règle de la civilisation ayant éduqué notre enfance s'est trouvée violée. Ces sentiments, je les considère simplement comme des avertissements adressés à nous d'avoir à conformer nos actions aux conditions de civilisation qui nous ont gardé et nous gardent en vie. Ceci n'exclut pas qu'une civilisation puisse enseigner à sa jeunesse des règles de conduite contradictoires, et, par là, nocives, mais ceci est une autre histoire. Pas plus que ce point de vue n'ôte de valeur à l'individu. Tout ceci, Alexander Pope l'a dit mieux que nous, il y a longtemps, dans son Essai sur l'Homme :

Ainsi mène l'Amour de Soi-même, tout juste et tout injuste,
Vers la puissance, l'ambition, le lucre, le plaisir d'un seul homme:
Ce même Amour de Soi-même, au fond, devient la cause
De tout ce qui le limite, Gouvernement et Lois.
Car, si quelqu'un aime ce que d'autres aiment,
A quoi sert une volonté, si bien des volontés s'y opposent?
Comment garderait-il, endormi ou éveillé,
Ce qu'un plus faible peut surprendre, un plus fort prendre?
Sa sécurité doit restreindre sa liberté:
Tous s'unissent pour garder ce que chacun désire avoir.
Contraints à la vertu par l'autodéfense,
Même les Rois ont appris la justice et la bienveillances
L'Amour de Soi a quitté le chemin d'abord suivi,
Et a trouvé le bien privé dans le bien public.

Du point de vue de la survie, éliminer des sentiments de culpabilité aurait aussi peu de signification que d'éliminer le mal de dents. Ce qui DOIT être éliminé, si la race humaine veut survivre, c'est, dans chaque civilisation, l'enseignement de certitudes qui ne sont pas adaptées au milieu HUMAIN en 1962. Une fois cela fait, des sentiments de culpabilité deviendront très utiles; ils auront en réalité une valeur pour la survie. L'individu qui cause du tort à quelqu'un ou qui se développe lui-même aux dépens d'un autre, devrait éprouver de la culpabilité, et il en EPROUVERA, quand un grand nombre de gens parviendront à la stature HUMAINE.

J'ai observé que des sentiments de culpabilité à propos de sentiments de culpabilité accompagnent bien plus fréquemment d'autres sentiments névrotiques que des sentiments de culpabilité du premier ordre. Les effets de tels sentiments du second ordre peuvent être, et sont souvent, particulièrement dévastateurs. En effet, du moment que nous éprouvons de la culpabilité à propos de sentiments qui, autant que je sache, sont universellement répandus partout où nous trouvons des êtres humains - ces sentiments ayant eux-mêmes eu un rôle dans la survie -, nous nous trouvons nous-mêmes, littéralement, à chasser ce qui ne peut l'être. Il se trouve que des sentiments du premier ordre, culpabilité incluse, sont des événements intérieurs. Se séparer de tels sentiments nécessiterait vraiment de se séparer de soi-même, exploit impossible à accomplir.

Le fait de considérer nos verbalisations, nos 'pensées', etc., à propos des sentiments de premier ordre comme plus importantes que ces sentiments eux-mêmes, doit être regardé comme un ordre d'évaluation inversé de façon pathologique, avec des conséquences certainement nuisibles. Sur ce point, vous pouvez lire par exemple, le texte de Douglas M.,Kelley sur les névroses de la Deuxième Guerre Mondiale.22

Les milieux linguistiques où nous vivons en 1962 encouragent de telles évaluations inversées. Le jargon freudien est en effet devenu une religion. La télévision, le cinéma et les journaux décrivent tous les jours des cures psychiatriques miraculeuses. A profusion des romans font appel au mythe vieux et vénérable d'Œdipe pour rendre compte de toutes les manifestations névrotiques. Ces moyens de communication linguistiques dépeignent obstinément les sentiments de culpabilité comme névrotiques. Le type 'normal' de comportement, suivant la mythologie freudienne, consiste pour le fiston à vouloir dormir avec sa maman, et pour Suzette à vouloir 'coucher' avec papa. Comment le savons-nous? C'est que Freud l'a dit. Comment lui, il le savait? Il le savait parce que quelques anciens auteurs ont deviné correctement, dans le mythe d'Œdipe, les ressorts principaux de toutes névroses. Disons seulement à ce propos qu'une tentative pour bâtir en 1962 une science moderne sur des prémisses issues d'un mythe préhistorique serait accueillie sans délai par des huées.

Le monstrueux système démonologique que Freud a fabriqué rabaisse l'homme à des niveaux animaliens. Nous cherchons en vain dans son système des discussions au sujet de l'intégrité, de l'amour, de la responsabilité, ou de n'importe laquelle des caractéristiques HUMAINES évoluées que nous appelons 'spirituelles'. Avec son invention de l'IN-conscient, il exclut, en fait, toute possibilité de comportement rationnel. Si nous croyons sérieusement à une telle absurdité, que dirons-nous alors si un client pose des questions à la rationalité du thérapeute? Nous qui faisons notre affaire de la psychothérapie, dirons-nous à nos clients que nous sommes des dieux et que nous agissons dans un système différent de lois?

Si nous admettons les prémisses freudiennes d'un comportement IN-conscient, dominé par des forces démonologiques, alors vraiment il s'ensuivrait que la culpabilité ne peut rien signifier. Dans ce cas, la culpabilité serait à regarder comme une manifestation névrotique. Les prémisses conduisent où elles conduisent. Puisque personne ne veut être névrosé, il est très compréhensible que nous trouvions, dans notre climat linguistique-sémantique, bien des individus pour nier les sentiments de culpabilité, ou pour s'efforcer de les effacer, ou pour éprouver à leur sujet de la culpabilité, ce qui ne va pas sans conséquences sérieuses.

Une fois que nous avons changé de prémisses afin d'être en accord avec la dimension HUMAINE de la vie, cela devient une toute autre affaire de s'occuper de sentiments de culpabilité. Il s'agit alors d'examiner les choix que le client accomplit, les certitudes par rapport auxquelles il agit, et de l'aider, en bien des cas, à trouver les voies menant à la réparation des conséquences de ses actes, nuisibles pour autrui.

Vus largement, les buts de la psychothérapie efficace peuvent se voir de la façon suivante:

A. Conduire le client à découvrir qu'en cherchant à entretenir des relations à l'intérieur de lui-même, il accomplit des choix qui NE correspondent PAS aux relations dans le milieu.

B. Conduire le client à découvrir des situations où il crée des représentations non conformes au milieu.

C. Conduire le client à découvrir des situations où il essaye de mettre en accord des jeux contradictoires de représentations.

D. Conduire le client à découvrir les choix qu'il peut effectuer, conduisant à des relations internes en accord avec les relations externes.

Le client doit être RÉ-éduqué de manière à tendre vers les buts ci-dessus, en parcourant comme étapes les intuitions suivantes:

A. La nature des rapports dans le milieu global où il vit. Les rapports les plus significatifs pour la conduite HUMAINE sont les rapports avec autrui. La transformation de la brute en homme a modifié radicalement les normes d'adaptation à la survie. HERRICK l'a sagement remarqué: " L'humanité ne pouvait atteindre la plénitude de son âge adulte tant que l'homme n'était pas devenu un animal sociable. Cela signifie que l'individu - et non son suzerain, ni son gouvernement, ni aucun pouvoir d'une 'civilisation' impersonnelle agissant comme force coercitive -, que la personne, de son propre chef, prend en mains le gouvernement de soi-même et celui de ses rapports de groupe. " L'individu meurt; ses enfants continuent. Ni l'individu ni ses enfants ne survivront si les actions individuelles et collectives ne créent pas des milieux qui nous soutiennent tous. L'expansion d'un individu NE doit PAS se faire aux dépens de ses compagnons. La nature du milieu HUMAIN l'exige: la coopération et l'aide mutuelle - et non l'antagonisme - sont le prix qu'il faut payer, en fin de compte, pour la survie de l'individu, même si ce prix inclut (il le faut) quelque sacrifice sur les aises personnelles.

B. Au cours de sa ré-éducation, le client doit devenir conscient de ce qu'il vit, de ce qu'il veut acquérir en luttant, de ce qu'il revendique, de son comportement, de ce qu'il exprime d'une manière ou d'une autre. Il doit devenir conscient des relations au sein desquelles il agit, aussi bien que des relations qu'il ignore, à la suite de prémisses (souvent non formulées clairement) qu'il tient pour négligeables. Il doit devenir conscient de la répercussion de ses actes sur autrui. Il doit constamment se demander à lui-même: dans quel état serais-je si tous mes voisins agissaient dans les mêmes conditions que moi?

C. Afin d'aider à établir des relations internes en correspondance avec les relations externes, la ré-éducation devrait le conduire à formuler ce que la situation qu'il vit 'exige' de lui, a/ comment il la voit; b/ comment l'expriment d'autres qui ont 'pouvoir' sur lui; et c/ comment d'autres la voient, d'un point de vue moins engagé.

D. Il doit faire face franchement à la question: quels mensonges suis-je en train de me conter? Un organisme ne réagit jamais AU milieu. Il réagit à ses propres représentations créatives ou faussées formées à partir du milieu. " Les hommes sont tourmentés par les opinions qu'ils se font des choses, plus que par les choses elles-mêmes. " (James Harvey Robinson, La Pensée dans l'Action, p. 3). L'action des mécanismes organismiques d'abstraction et, chez les HUMAINS, la capacité créatrice de former des représentations et des REPRESENTATIONS DEFECTUEUSES toujours fondées sur ce que nous avons abstrait et que nous projetons dans le monde, tout cela agit de manière à nous donner des représentations du milieu TOTAL invariablement fausses au plus haut point. Quand nous agissons COMME SI nos représentations étaient vraiment les relations REELLES qui nous entourent, nous affirmons, nous nous comportons, nous nous exprimons, et c'est là un mensonge entraînant des séparations d'avec la vie, la 'souffrance', etc., à de nombreux niveaux. Certaines des affirmations du client contredisent les comportements fondamentaux pour la survie des HUMAINS (du point de vue d'autrui comme de son propre point de vue), tels qu'ils sont imposés par cette réalité: l'homme ne peut rester seul; et ces affirmations-là ont des effets dans le milieu proche qui font retour sur le client et accroissent sa séparation.

D'une manière plus spécifique, le client doit devenir conscient des formes particulières de représentations dont il se sert, telles que les suivantes:

  1. Considère-t-il les représentations qu'il se fait des événements comme si elles étaient les événements eux-mêmes? Considère-t-il sa mémoire des événements passés comme si elle était les événements réels? Bref, confond-il les ordres d'abstraction?
  2. Est-ce qu'il se décrit lui-même, ou décrit certains événements dans son milieu comme statiques - donc non semblable à la structure dynamique qui caractérise le milieu total?
  3. Ses représentations affirment-elles qu'il tient compte de TOUS les facteurs dans les situations de la vie?
  4. Bloque-t-il la naissance d'ordres supérieurs d'abstractions, c'est-à-dire décide-t-il que plus rien ne peut se dire à propos de ce qu'il a pensé ou dit?
  5. Rapporte-t-il ses généralisations d'ordre supérieurs à des abstractions non-verbales, d'ordre inférieur, en guise de test de justesse?
  6. A-t-il l'habitude de considérer une inférence comme une description?
  7. Est-il conscient de fabriquer, sur lui-même et sur son entourage, des représentations dont la forme dépend des caractéristiques qu'il a notées?
  8. En créant ses représentations, est-il assez flexible pour dégager des caractéristiques qu'il a d'abord laissé échapper, et former de nouvelles représentations?
  9. Est-ce que ses représentations indiquent qu'il tient compte de relations?
  10. Ses représentations indiquent-elles qu'il procède en fonction d'un système démonologique qui le dégage de la responsabilité de ses choix? Par exemple, reproche-t-il ses difficultés à des fictions comme son 'esprit', son 'inconscient', ses 'émotions', ses 'talents', etc.?
  11. Est-ce que ses représentations suggèrent une division artificielle, arbitraire de l'univers en deux valeurs et deux seulement? Par exemple, fonde-t-il ses choix sur la prémisse que toutes ses décisions doivent mener à des conséquences ou absolument désagréables ou parfaitement agréables?
  12. Ses représentations affirment-elles l'identité de phénomènes différents?
  13. Ses représentations indiquent-elles les niveaux où il ne parvient pas à former des abstractions d'ordre supérieur? Dans les formes vivantes, le groupe HUMAIN se distingue nettement des animaux parce que les HUMAINS savent former des abstractions sans limite. Un être humain qui ne parvient pas d'habitude à former les abstractions d'ordre supérieur, incluant lui-même et tout autre être humain, agit à des niveaux animaliens, et se trouvera à coup sûr lui-même en difficulté.
  14. Ses représentations montrent-elles la conscience du fait qu'il participe à la création du milieu avec lequel il est en interaction? Il est tout aussi important que ses représentations le montrent conscient de ce qu'il NE crée PAS TOUTES ses difficultés,
  15. Ses représentations suggèrent-elles qu'il cherche à atteindre des certitudes ou des absolus comme solutions à ses difficultés?
  16. Ses représentations montrent-elles qu'il agit d'habitude en fonction de prémisses non formulées, et dont la structure n'est pas similaire à celle du milieu dynamique où il vit?
  17. Etc.

E. La RÉ-éducation devrait amener le client à découvrir les points où ses représentations faussées produisent des états intérieurs ne correspondant pas aux états extérieurs. Par-dessus toute autre considération, cela l'aidera à se reconnaître clairement responsable de ses choix, responsable de la part de fardeau qu'il doit porter afin que ses proches ne la portent pas pour lui. Il doit se rendre compte que pour pouvoir être sincère avec lui-même, il ne peut tromper autrui, s'il a de l'estime pour lui-même. Etre sincère avec autrui, c'est être sincère avec lui-même. Cela signifie qu'il crée une abstraction d'ordre supérieur, et qu'elle englobe toute l'humanité, y compris lui-même.

F. A la fin, le processus de ré-éducation amènera le client à faire tour à tour des représentations et des choix davantage compatibles avec les circonstances présentes dans le milieu total. Plus que n'importe quoi d'autre, il doit regarder le fait que le monde N'EST PAS son huître. Du moment que deux êtres humains sont dans le monde, cela fait qu'AUCUN d'eux ne peut toujours suivre sa propre voie.

Le système de psychothérapie que nous proposons ici insiste sur ce que le client fait tout de suite. Il admet que les êtres humains, SACHANT choisir et CHOISISSANT, participent à la conception des conséquences de leurs choix. Il rejette les mécanismes démonologiques où de mystérieuses forces poussent par-derrière, hors de toute commande HUMAINE, au sein des cavernes profondes, obscures de l''inconscient'. De telles théories démonologiques dégagent le client de toute responsabilité. Ce système, de plus, le met en face du fait inévitable que la vie NE donne PAS de possibilité d'éviter totalement les désagréments. Au contraire, il postule qu'il faut sacrifier, dans le groupe HUMAIN, UNE PART d'agrément personnel, en vue de la survie et du bien-être de nous-mêmes et des autres. C'est une nécessité rigoureuse, et peu importe si nous sommes à l'aise ou non.

Ce système de psychothérapie rejette la prémisse que les aspects signifiants de la vie HUMAINE sont des événements diaboliques, animaliens, survenant dans quelque caverne sombre et souterraine d'un esprit mythique, 'inconscient', tandis que les aspects observables de la vie sont simplement comme le sucre-glace du gâteau. Au contraire, ce système regarde le groupe HUMAIN comme celui où s'est accrue la conscience du milieu, où s'est accrue la conscience des conséquences de nos choix, caractérisant le comportement des individus et nous distinguant nettement des animaux. Le rejet des prémisses biologiques animaliennes, contraires à la nature HUMAINE, rend inutile de s'engager dans des opérations de fouilles historiques en guise de technique psychothérapique. De surcroît, ce rejet a pour effet de conduire le client à former des représentations de lui-même en tant qu'être HUMAIN, et NON en tant qu'animal, ce dont il s'ensuit souvent une 'guérison' incroyable. L'observation soigneuse de ce que le client fait TOUT DE SUITE permet souvent d'inférer la nature de ce qui a pu lui arriver dans le passé, bien que ce ne soit plus nécessaire.

Par-dessus tout, le système postule l'importance des représentations semblables de structure aux facteurs non-verbaux qui doivent être pris en compte en opposition à des représentations de désirs infantiles et l'importance de prendre une responsabilité PERSONNELLE, plutôt que de dépendre d'un confesseur psychiatrique. Le système travaille à faire voir que PERSONNE ne peut nous absoudre des conséquences de nos actes, et à donner pleine conscience que nous ne sommes pas seuls au monde. Il œuvre à la réalisation de la condition HUMAINE dans laquelle nous nous trouvons tous à présent - condition si bien exprimée par Marian Martin dans un article récent de la Saturday Review23, intitulé " Quelle devrait être la taille d'un abri? ":

La ville de Tucson où je vis est entourée par 18 installations de missiles Titan. Inutile de le dire, les Tucsoniens éprouvent un vif intérêt pour les abris de défense civile contre les retombées radioactives. En ce qui me concerne, J'ai résolu le problème de la taille qu'il faut à un abri, et celui de son équipement.

L'abri doit être assez grand pour convenir à environ trois milliards de gens. Tous ont droit égal à l'existence, et donc, tous doivent être abrités. L'abri doit être muni de la nourriture, de l'habillement, du logement, des moyens médicaux et des moyens éducatifs appropriés, pour trois milliards d'êtres. Il est aussi essentiel d'avoir une grande quantité de compréhension, d'humilité, de sympathie, d'amour et de courage. Cet abri offrira aussi soleil, air pur et non contaminé, des plantes et des animaux, des forêts, de l'eau pure et des océans, une voûte étoilée la nuit, et bien d'autres merveilles à partager par les occupants.

Je souhaite dans mon cœur que ce soit cet abri que nous choisissions de construire. Je sais que c'est le seul qui apportera la sécurité à chacun d'entre nous.


BIBLIOGRAPHIE

1. KELLY G.A. : The psychology of personal constructs (La psychologie des constructions personnelles) - Norton (NEW-YORK, 1955).

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9. CHILDE V.G. : Man makes himself (L'homme se fait lui-même) - The New American Library of World Literature, Mentor Books (NEW-YORK, 1951).

10. KORZYBSKI Alfred : Manhood of Humanity (L'âge adulte de l'humanité) - lère édition 1921 Institute of General Semantics (LAKEVILLE, Connecticut, 2ème édition 1950).

11. CHISHOLM B. : Prescription for survival (Prescriptions pour la survie) Columbia University Press (NEW-YORK 1957).

12. SHERRINGTON Charles (Sir) : Man on his nature - Doubleday Anchor Books (NEW-YORK, 2ème édition 1953).

13. EBY K. : Life is my laboratory (La vie est mon laboratoire) - University of Chicago Magazine, 45, 5, 14-17 (CHICAGO, 1951) - cité ci-dessous n° 17

14. KORZYBSKI Alfred : Science and Sanity - 1ère édition 1933 Institute of General Semantics (LAKEVILLE, Conn., 4ème édition 1958)

15. MOWRER O.H. : The crisis in Psychiatry and Religion (Les points critiques de la psychiatrie et de la religion) - D. van Nostrand Company (PRINCETON, 1961).

16. MEYERS Russell : divers articles du General Semantics Bulletin.

17. HERRICK C.J. : The evolution of human nature (L'évolution de la nature humaine) Harper and Brothers, Torchbooks (NEW-YORK, 1961).

18. BIRNEY R.C., TEEVAN R.C. : Instinct (L'instinct). - Van Nostrand Insight Books (PRINCETON, 1961).

19. SHERRINGTON Charles (Sir) : The Integrative action of the nervous system (L'action intégrative du système nerveux) - Yale University Press (NEW HAVEN, 1947).

20. SOLOMON P., KUBZANSKY P.E., LEIDERMAN P.H., MENDELSON J.H., TRUMBULL R., WEXLER D., eds : Sensory deprivation (La déficience sensorielle) Harvard University Press (CAMBRIDGE, 1961).

21. LA PIERE R. : The freudian ethic (L'éthique freudienne) - Duell, Sloan and Pearce -(NEW-YORK, 1959).

22. KELLEY D. : The use of general semantics and Korzybskian principles as an extensional method of group psychotherapy in traumatic neuroses (L'utilisation de la Sémantique Générale et des principes de KORZYBSKI comme méthode extensionnelle de psychothérapie de groupe dans les névroses traumatiques) - The Journal of Nervous and Mental Disease, 114, 3 (1951).

23. MARTIN Marian : How big should a shelter be ? (Quelle devrait être la taille d'un abri ?) - The Reader's Digest, Février 1962 (cité par la Saturday Review).